En écrivant ces mots il ya quelques jours, j'ai décidé. Ce sera l'année des vacances sans lui. Ce sera la première année sans lui. Cette année je vais faire ce que j'aurais dû faire il y a deux ans déjà. Ne plus le faire exister dans ma vie. Cela s'appelle une rupture, je crois, une rupture qui vient mettre fin à une relation qui n'a jamais eue de nom. Juste des caractéristiques : déséquilibrée, aléatoire, trop souvent à sens unique, malsaine, ambiguë, humiliante. Tellement humiliante pour moi ... Comment appelle-t-on un sentiment qui n'est plus amoureux depuis longtemps mais qui n'a jamais laissé place à l'amitié ? Comment appelle-t-on cette indifférence affectée, sitôt que je l'approche, et cette séduction toujours recommencée sitôt que je m'éloigne ?
J'avais dix sept ans à peine quand un jour un petit con que j'avais fréquenté durant mes vacances m'a faite remarquer qu'il me faisait la coure. J'avais dix sept ans et tout ce que je taisais, ce que je disais, ce que je lisais l'intéressait tellement. J'avais dix sept ans et il me répétait que je lui tendait le miroir de la vie qu'il avait toujours voulu vivre.
Je refusais de comprendre ce que signifiait cette obsession pour lui, pour ses yeux plantés dans les miens, pour sa voix qui s'introduisait dans la maison quand je ne m'y attendais pas, qui se reconnaissait au simple décroché du combiné, et qui pénétrait l'intimité de ma chambre ou des espaces où je tentais de l'oublier. Cette voix qui me provoquait toujours ce même fourmillement dans les jambes, et qui m'empêchait de rester en place, ces papillonnements dans le ventre qui faisaient trembler ma voix.
Je n'avais toujours pas dix huit ans lors de ces nuits chez lui. De ces soirées pasées à parler, si proches, de cette hésitation enfin avant de nous coucher dans le même lit. Quand, accroupi à ma hauteur, il relevait la tête vers moi, assis sur le lit pour ne rien me dire, juste me regarder. Comme j'étais naïve de penser que j'étais la seule à me faire troubler.
Et puis j'ai eu dix huit ans et il était parti. Plus je grandissais, plus il s'éloignait. Plus je grandissais, plus je comprenais l'ampleur de ce qui s'était joué cette année là.
J'ai cessé de l'aimer, bien sûr. Je me rappelle nettement du soir où je me suis rendue compte que ma dernière pensée avant de sombrer dans le sommeil n'était plus pour lui. Je me rappelle du jour où ce n'est pas son nom qui s'est affiché sur mon téléphone et qui m'a faite frémir.
Il y a eu des conversations téléphoniques depuis, derniers instants de grâce sans doute, quand je ne parvenais pas à lui dire ma vérité, qu'il savait pourtant déjà. Ses déclarations à peine déguisées, le voile d'ignorance dont je continuais de m'envelopper obstinément, désespérément.
Et dix fois, cent fois, mille fois j'ai rendu les armes, à ses pieds, à ses lèvres. J'ai hissé le drapeau blanc, pour que cesse enfin le rapport de force. Il y a eu quelques trêves, trop rares. Et puis cette guerre toujours menée contre moi-même à cause de ses retours soudains, ses rappels, ses points de suspension trop éloquents... A cause de ses excuses, de ses silences, de ses fuites et de son mépris.
Alors oui, cette année ce sera l'année sans lui. Il ne le sait pas, bien sûr, il ignore encore que tout est terminé. C'est peut-être cela le plus dur, de savoir que je suis celle qui détient les clés. Mais il est à l'origine de notre histoire, c'est à moi d'y mettre fin, pour retrouver ma fierté. Je suis celle qui va anéantir notre relation, poussée par lui-même.
Je pars en vacances, et je vais enfin vivre pour moi.
Je vous embrasse.
Maryne.